Qui suis-je ?

Je suis né en 1950.

Vers l’âge de 16 ans mon attirance vers l’intériorité, vers l’humain, m’a fait découvrir des livres de vulgarisation sur la psychologie, l’interprétation des rêves, un livre de C.G. Jung, un livre de Hatha Yoga…

Je ne comprenais pas grand-chose au livre de Jung mais j’adhérais totalement à ce que je comprenais et surtout j’avais une sensation d’être entré dans un univers connu. Aujourd’hui je dirais que cette lecture me connectait à mon monde intérieur.

J’ai interprété mes rêves par écrit, seul, pendant 2 ou 3 ans. C’était vraiment une rencontre quasi quotidienne avec moi-même. Puis le contact avec les rêves a été oublié pour être repris vers l’âge de 45 ans mais cette fois avec des interprètes. Pendant cette longue coupure le besoin d’intériorité a probablement été comblé par la pratique du yoga.

Cette pratique du yoga a commencé avec le livre découvert à 16 ans puis en suivant des cours, formations (Ecole Française de Yoga du Sud-Ouest, Académie du Yoga de l’énergie à Paris…). Elle ne m’a pratiquement pas quitté sauf pendant 7 ans au moment d’un engagement plus profond dans le travail à partir des rêves. Aujourd’hui elle est beaucoup moins présente, beaucoup plus douce mais sa place reste importante.

Vers l’âge de 20 ans il y eu deux autres découvertes très importantes qui elles aussi ont été véhiculées par des livres. Krisnamurti et le monde de l’éducation spécialisée par l’intermédiaire de Bruno Bettelheim.

Dès le début, la lecture de Krisnamurti m’a donné sensiblement la même impression que celle du livre de Jung. Parfois il me suffisait d’une phrase pour me sentir en lien avec moi-même. Par ailleurs, je ne comprenais pas tout, loin de là, mais j’adhérais à ce que je comprenais et pour le reste je faisais confiance à priori en attendant peut-être de pouvoir un jour vérifier par moi-même. A propos de ces deux rencontres, j’aime utiliser l’image de l’iceberg avec sa petite partie visible au-dessus du niveau de la mer que je comprenais et celle beaucoup plus imposante, cachée que je ne comprenais pas. C’est une image qui représente aussi la personnalité totale de l’homme avec sa petite partie consciente, visible et sa partie inconsciente, infinie, cachée.

Par la suite, l’approfondissement de la vision Jungienne m’a permis de mieux comprendre ce que dit Krisnamurti. Probablement parce Jung a une démarche qui se veut scientifique, occidentale. Elle permet une compréhension qui s’affine avec le temps et avec l’aide des rêves qui dispensent un enseignement progressif au jour le jour alors que celle de Krisnamurti est directe, immédiate. Si on ne comprend pas, si on ne voit pas dans l’instant il semble qu’il n’y ait pas d’issue. Aujourd’hui il est clair pour moi qu’ils décrivent la même réalité, avec des divergences bien entendu.

A cette époque il y eu aussi le livre « L’amour ne suffit pas. Le traitement des troubles affectifs chez l’enfant  » de Bruno Bettelheim.

Dans ce livre l’auteur décrit les méthodes qu’il utilisait dans son institution pour soigner des enfants autistes. Je ne l’ai jamais relu mais je me souviens nettement de la description qui m’a enthousiasmé et qui est paradoxalement totalement contraire au titre du livre. Un enfant sans aucune possibilité de contact avec l’extérieur, avec les autres, arrive dans l’institution. Il est accompagné par un éducateur qui est en permanence avec lui. L’enfant a une crise. Il casse tout ce qui est dans la pièce où il est seul avec l’éducateur. Il déchire même les tapisseries… L’éducateur ne dit rien, ne fait rien. Il accepte la douleur, la souffrance de l’enfant. Il ne juge pas. Cette scène va se reproduire les jours suivants jusqu’à ce que, peu à peu, l’enfant se sente accepté pour ce qu’il est et qu’une relation commence à se créer entre lui et l’adulte.

Je n’ai retenu que l’amour de l’éducateur. Un amour maternel comme dirait Erich Fromm dans son livre « L’art d’aimer« .  Un amour inconditionnel qui exprime à l’enfant que quoi qu’il fasse, quoi qu’il pense… il sera toujours aimé. Cet amour maternel qui me semble terriblement absent dans notre société patriarcale et qui est essentiel dans la relation entre l’interprète de rêve et le rêveur. Au fur et à mesure du travail il est aussi de plus en plus présent entre le rêveur et son inconscient, ses ombres. C’est ce que nous nommons : « l’amour de la totalité ».

Probablement ce livre a-t-il été un déclencheur de mon engagement comme éducateur de rue dans une cité de la région parisienne pendant 6 années. Il a été associé à une formation d’éducateur spécialisé. Cette expérience très difficile mais passionnante a été une véritable « analyse ». Le jeune homme timide, baba cool aux cheveux longs, à la vie très rangée, s’est mis à arpenter la cité le soir, la nuit à la rencontre de ses ombres , des jeunes en déshérence, en galère qui ne supportaient pas les babas cool. Une rencontre riche pour lui, pour eux.

Tout ce qui précède s’appuie sur des besoins intérieurs mais il y a eu aussi l’extérieur, le conditionnement sociétal, familial, scolaire… Parce que je réussissais dans les matières scientifiques j’ai suivi le cours naturel des choses, sans me poser de questions, pour devenir ingénieur puis, après l’expérience en éducation de rue, travailler dans l’informatique pendant une trentaine d’années.

Il me semble qu’inconsciemment j’ai toujours eu besoin de faire le lien, l’unité entre ces deux mondes : Intérieur – extérieur

La création de l’association « Yoga pour tous » est partie de ce besoin. Réunir ma passion pour le yoga et mon attirance vers le social. Cette association organise des cours de yoga pour des personnes à faibles revenus sur Rennes et ses environs. Les professeurs de yoga sont diplômés et bénévoles. Le prix du cours est symbolique.

Une merveilleuse aventure qui pour moi a duré 10 ans. Elle continue avec d’autres.

Cet arrêt était nécessaire pour approfondir le travail sur les rêves que j’avais retrouvé depuis de nombreuses années en travaillant sur mes propres rêves principalement avec des interprètes proches d’Etienne Perrot dans la lignée de C.G. Jung et MLv Franz.

Depuis 2007, près de Rennes en Bretagne, je reçois des personnes qui souhaitent s’engager dans ce travail que l’on nomme analyse jungienne, interprétation ou accueil de rêves. Ce mot analyse me gêne car dans ma pratique il y a autant d’analyse que de synthèse et surtout de « laisser agir » en nous un monde qui est au-delà de ces catégories rationnelles.

Michel Thiabaud