Je ne rêve pas ou peu. Pourquoi?

Cette question a d’innombrables réponses en fonction de la personne et de sa situation au moment où la question se pose.

Il faut se souvenir que le rêve est une manifestation de l’inconscient perçue par le conscient. C’est un message qui passe d’un monde à l’autre, la frontière entre ces deux mondes étant appelée le seuil de la conscience. Cette manifestation participe d’un processus naturel qui agit pour que ces deux mondes se rencontrent, que la personnalité s’unifie, que le Soi se réalise.

Si cette unification de la personnalité est déjà bien avancée le rêve est beaucoup moins nécessaire. Le moi conscient peut être à l’écoute d’ombres, de processus inconscients même à l’état de veille. Pour pouvoir développer cette écoute le moi conscient doit être suffisamment fort.

Si au contraire le moi n’est pas encore suffisamment développé, suffisamment fort, si les aléas de la vie lui demandent de mettre toute son énergie dans les réalisations extérieures il ne sera pas orienté vers la perception de ses rêves. Je me souviens d’une conversation avec une jeune femme qui était passionnée par les rêves et leur compréhension et qui était très déçue de ne plus rêver. Elle était en train de s’installer comme maraichère avec très peu de moyens financiers. Ses journées de travail étaient très longues.  Toute son énergie était orientée vers l’extérieur. C’était ce qu’elle devait faire. Un jour elle me dit toute souriante que ses rêves étaient revenus depuis deux jours. En fait il y avait de grosses intempéries et depuis deux jours elle ne pouvait plus travailler dans les champs. En général chacun peut remarquer que les périodes de vacances sont plus propices à la manifestation des rêves.

Dans les autres cas et ils sont nombreux c’est qu’il y a en nous des résistances. Elles sont abordées dans l’article Nos peurs, nos résistances.

 

 

 

Nos peurs, nos résistances

Il est question ici de nos peurs, de nos résistances à lâcher prise, à nous abandonner, à nous laisser guider par cette « force » en nous (le Soi) qui cherche la réalisation de la totalité que nous sommes.

Il faut redire que ce « nous » qui a peur, qui résiste, peut être aussi bien le moi conscient que des parties inconscientes de la personnalité.

Dans cet article il est questions des peurs ou des résistances qui nous empêchent d’aller vers nous-mêmes mais il y a beaucoup de situations où elles sont nécessaires et utiles pour nous protéger contre l’envahissement par des forces nuisibles que ce soit en nous ou à l’extérieur dans la vie concrète. Dans des situations extérieures ce mot « résistance » peut être un formidable encouragement à protéger la vie, à protéger l’humain, à se protéger.

Pourquoi résistons nous?

Parce que nous avons peur de l’inconnu. Nous connaissons notre situation, nous sommes habitués à elle, même si elle est très difficile. Elle est une sécurité. Si nous nous mettons à changer réellement nous ne savons pas ce que nous allons devenir. C’est une mort de ce que nous sommes sans avoir de garantie sur notre futur. Aux forces de vie qui nous emmènent vers ce que nous sommes profondément s’opposent toujours d’autres forces qui cherchent à maintenir le passé. Il y a donc un conflit entre des forces opposées et son issue n’est pas connue.

Voici deux rêves qui montrent ce conflit à l’œuvre:

Rêve – La Fontaine de Pierre
La rêveuse est dans une forêt. Il y a une fontaine de Pierre. Il y a tellement d’eau qu’elle déborde. Cela fait un petit ruisseau. Dedans il y a des poissons, cela pullule. Il y a beaucoup de vie. La rêveuse a soif, très soif. Elle a très envie de boire l’eau de ce ruisseau mais on lui dit que cette eau n’est pas bonne, qu’elle est dangereuse. Elle est à genoux près du ruisseau. De l’autre coté son ami est dans la même position. Il lui dit que l’eau est bonne et l’encourage à boire. Elle se penche et boit. L’eau est très bonne. Elle se sent merveilleusement bien et se réveille dans une détente profonde.

Nous voyons bien le conflit entre des forces opposées. D’un côté la rêveuse (son moi) a très envie de boire l’eau du ruisseau. De l’autre, une voix lui dit que cette eau est dangereuse. Qui est cette voix? Une ombre en elle qui tente de l’influencer comme nous en voyons beaucoup dans les contes de fées. Ce peut être une sœur jalouse ou une marâtre qui oblige l’héroïne à accomplir les plus humbles travaux domestiques comme dans Cendrillon.

Au moment du rêve,  la rêveuse venait d’entreprendre  un travail sur ses rêves avec une personne proche d’Étienne Perrot et des éditions de La Fontaine de Pierre.  Bien qu’elle semblait beaucoup s’investir dans ce travail (Dans le rêve la rêveuse a très soif), le rêve montre qu’il y avait une hésitation en elle.

La fin du rêve nous montre que la rêveuse a fait le bon choix. Elle n’a pas suivi cette voix qui la faisait douter de la qualité de l’eau. Elle a préféré suivre les conseils de son ami qui représente une partie masculine positive en elle. Au passage il faut noter que dans la réalité son ami est quelqu’un qui a souvent des intuitions qui se révèlent justes. Il est très à l’aise dans l’inconscient. Dans ce rêve qui concerne l’intériorité de la rêveuse elle a eu raison de se laisser guider par lui.

Notons que pour pouvoir accéder à cette eau miraculeuse, cette eau de Vie comme disent les alchimistes, il faut se mettre à genou c’est-à-dire avoir une attitude d’humilité. Reconnaitre que notre moi est bien petit et bien impuissant face à la vie s’il reste toujours ferme dans ses certitudes. Nous sommes souvent d’accord avec cela mais dans la pratique…

Rêve – La touriste veut aller place Saint Pierre à Rennes
Elle veut aller chez elle à Rennes, place St Pierre. Elle va dans une agence de voyage. Deux jeunes hommes se moquent d’elle car elle est une touriste. Ils se moquent également de son doctorat.

Dans la réalité la rêveuse vit à Rennes depuis très longtemps. Dans le rêve elle n’était pas à Rennes. Elle voulait aller chez elle c’est-à-dire dans le lieu en elle qui est sa personnalité profonde, son intimité, son centre, là où elle se sent bien. Ce lieu est plus précis, c’est place Saint Pierre. Il n’y a pas de place Saint Pierre à Rennes. Il y a seulement la cathédrale Saint Pierre. Cette place évoque plutôt la place Saint Pierre de Rome, ce lieu central de la religion catholique qui est celle dans laquelle la rêveuse a baigné dans son enfance. Ce centre en elle représente cette sécurité, non dépendante des aléas de la vie, qu’elle recherche (que nous recherchons tous), cette Pierre immortelle (la Pierre philosophale des alchimistes), le Graal que Jung a appelé le Soi.

C’est inconsciemment ce qu’elle recherche en commençant un travail sur ses rêves, bien que consciemment elle recherche à se soulager d’un mal être, à se débarrasser de rêves qui l’angoissent… Consciemment, elle le fait avec application, sérieux mais une partie d’elle plus inconsciente représentée par ces deux jeunes hommes, la critique.

Ils critiquent son attitude de touriste. En fait, contrairement à ce qu’elle croit elle ne s’engage pas vraiment sérieusement dans ce travail.

« Ils se moquent également de son doctorat ». Cette rêveuse est très attachée aux compétences reconnues par des diplômes. Elle a beaucoup de connaissances dans le domaine des rêves, de la symbolique. Elle semble considérer que l’interprétation des rêves est une technique qui lui donnera des réponses intellectuelles à ses questions sans toucher à sa vie quotidienne. Dans ce travail nous ne sommes pas à la recherche de médicaments pour soigner des symptômes.  (voir Le travail sur les rêves est-il une thérapie?)

Quel est le but de ce rêve qui montre ce conflit entre le désir d’aller vers ce que nous sommes profondément et la résistance à y aller? Tout comme dans le précédent et dans beaucoup d’autres, il montre une situation objective pour que le moi puisse en prendre conscience et fasse réellement le choix de là où il souhaite aller.

Le Galet

Cueille la joie
quand elle passe
car elle est fleur
et, comme elle,
éphémère.

Savoure le chagrin
dans ton cœur
la lourdeur du deuil
et, lorsqu’ils sont ton lot,
souffre.

Laisse passer sur toi
la tempête qui submerge
colère, peine, jalousie, révolte
découragement, absurdité
dépression.

Sois la roche, tour à tour
Recouverte ou découverte
par la lame
qui la heurte et la façonne.
Demeure.

Comme le galet lissé
au cours des siècles
à force d’être roulé, cogné,
râpé contre ses semblables
par la vague
abandonne-toi.

Quand l’épreuve est trop forte
pour ta faiblesse
ne lutte pas, ne discute pas,
n’essaie pas de comprendre…
laisse-toi rouler, heurter,
meurtrir
en te protégeant comme tu peux.

Et quand la tempête
te laisse exsangue sur le sable
nourris-toi des petits riens;
ce sont les riens
qui peuvent remplir ton vide.

Cueille les petites joies
le soleil qui réchauffe
ton corps et aussi ton âme
une main amie…

Vivre est ta tâche
Accomplis-là
C’est très simple

 

Ce poème est de   Francine Saint René Taillandier-Perrot

Le travail sur les rêves est-il une thérapie ?

Le travail sur les rêves nous emmène vers une connaissance de soi, une prise de conscience de ce que nous sommes. Il nous aide à être pleinement ce que nous sommes.

Cette connaissance de soi, cette prise de conscience peut se traduire par des mots. Nous pouvons nous dire : voilà comment je suis, voilà comment je me comporte dans telle situation. Mais ces mots ne sont jamais définitifs. Ils évoluent sans cesse. Ils dépendent de là où le rêve oriente notre regard à un moment précis. Plus tard ils seront nuancés, modifiés même. Un jour nous pouvons nous voir blanc, le lendemain noir mais ce sera la même réalité qui est complexe. « Le mot n’est pas la chose » disait Krishnamurti. Le mot est figé. Or la réalité n’est pas figée. Nous sommes en perpétuelle évolution. Les rêves nous aident à avoir cette souplesse nécessaire, cette adaptation mentale pour capter la vie en nous.

Cette souplesse est incompatible avec le jugement. Il ne peut y avoir de jugement si nous cherchons à approcher la réalité de ce que nous sommes. La réalité est ce qu’elle est. Bien entendu les jugements existent. Ils ont été créés en nous par notre environnement. Les rêves nous aident à les reconnaître à les mettre à distance.

Les rêves utilisent souvent (pas toujours) ce qui est connu par le rêveur, son passé (ce qu’il a vécu la veille, dans son enfance …). Ils agencent ce passé à leur façon en mélangeant les souvenirs afin que nous prenions conscience de comment nous sommes, comment nous vivons aujourd’hui. Comment aujourd’hui nous sommes conditionnés par notre passé, comment nous sommes forgés par ce que nous avons fait, vécu. Le but est de faire en sorte que nous acceptions pleinement ce passé, ce vécu afin de nous en libérer pour vivre pleinement notre présent.

Cette connaissance de soi, cette prise de conscience se fait aussi et surtout par du non verbal. Nous ressentons ce que nous sommes comme nous ressentons notre corps, notre respiration. Nous accédons à une « connaissance » souterraine qui appartient à un autre monde en nous. C’est par exemple cette perception de la rêveuse dans  » Le rêve de l’œuf« 

Cette connaissance de soi, cette prise de conscience débouchent sur des évolutions, des transformations qui nous surprennent car elles ne sont pas le résultat d’un vouloir, d’un désir. C’est comme si nous avions été opérés et changés sans que nous y soyons pour quelque chose. D’ailleurs les rêves utilisent souvent cette notion d’opération physique, de soins en hôpital. Ces transformations nous réconcilient avec nous-mêmes. Elles nous permettent d’être plus en lien avec les autres (avec le monde)  sans nous confondre avec eux.

Peut-on parler de thérapie ?

Le dictionnaire nous dit que ce mot vient du grec therapeia qui veut dire soin, cure. Si un soin est nécessaire c’est que nous sommes malades et que nous souhaitons supprimer cette maladie. Ce qui précède est loin de la description d’une méthode pour supprimer une maladie sauf à dire que cette maladie est dans chaque être humain, qu’elle fait partie de sa nature et qu’elle s’appelle inconscience.

Les personnes qui sont vraiment engagées dans un travail sur leurs rêves ne se posent plus cette question.

Quant à celles qui cherchent une méthode pour supprimer un mal être en se reniant elles-mêmes, c’est-à-dire sans se remettre en question, soit elles évolueront dans leur recherche soit elles passeront bien vite à d’autres méthodes.

A la question « qu’est-ce que le travail sur les rêves ? » voici une réponse donnée par un rêve à une rêveuse qui s’était posé la question de la thérapie

Religion intérieure

Rêve – L’interprète l’emmène dans une église

L’interprète de rêves l’emmène dans une église. Là elle voit une amie d’enfance très pieuse qui prie. L’interprète dit bonjour au prêtre. La rêveuse se présente. Le prêtre lui demande en riant de lui montrer son identité. Il la prend par la main et la fait tourner autour d’elle même. Elle trouve que cette église est super créative. C’est une nouvelle religion. Elle se sent bien.

Puis elle arrive à côté d’un manège où un groupe de personnes font un cercle en dansant. L’interprète est déjà dans le cercle. Elle y entre avec son compagnon.

À son réveil la rêveuse s’est trouvée dans un état de légèreté, de bien être, de paix.

Ce rêve était probablement une réponse à une question qu’elle se posait plus ou moins consciemment. « Ce travail sur les rêves que j’ai entrepris depuis quelque temps déjà, qu’est-ce que c’est, où cela m’amène-t-il ? » D’ailleurs elle s’était réellement posé la question : est-ce une thérapie ? Son interprète lui avait demandé sa réponse. Elle avait répondu : non ce n’est pas une thérapie. Ce n’était pas ce qu’elle connaissait des thérapies mais elle ne savait rien dire de plus.

Mais revenons à ce rêve. Cette église où l’emmène son interprète de rêves, c’est-à-dire son travail d’accueil de ses rêves,  ne correspond pas ou peu à l’image qu’elle se fait d’une église actuellement.

Pour être dans cette église il faut montrer son identité en tournant autour de son axe comme une danseuse. Son identité réelle correspond à toutes les parties qui la composent. Ce n’est pas seulement ce qu’elle montre ordinairement, sa face avant mais toutes ses faces en particuliers ses parties inconscientes qui sont dans le dos, sur les côtés. Le prêtre pose sa question en riant car elle est dans une ambiance de détente, de bonne humeur. Il n’y a pas vraiment d’obligation immédiate.

Cette danse autour de son axe c’est aussi pour le ressentir cet axe autour duquel s’organise la totalité de ce qu’elle est.

Cette image de la danse autour de son axe est complétée par la danse en cercle autour du centre. Ce centre, Jung dirait le Soi ,  est cette sécurité qui nous détermine, cette pierre solide, immuable dont parlent les alchimistes et qu’ils nomment la pierre philosophale.