Mouvement des gilets jaunes ou la rencontre avec ses ombres

Pour comprendre cet article il faut avoir lu Accepter nos faiblesses, nos handicaps et Les clefs pour se maîtriser ou la rencontre avec ses ombres ?

Il pourrait paraître surprenant de trouver un article concernant un mouvement de protestation sur un site dont l’objectif est la sensibilisation à la compréhension des rêves. Il n’y a pas d’erreur. C’est tout à fait dans l’objectif d’un site qui s’appelle les rêves et la vie. En effet, comme je l’écrivais dans l’article précédent, par nos rêves l’inconscient agit très souvent en compensation d’un moi conscient trop orienté. L’intérêt d’un travail à partir de ses rêves est donc d’enrichir notre moi conscient souvent trop unilatéral (pour ne pas dire trop extrême) par une compréhension plus vaste de notre vie et un comportement en accord avec cette nouvelle compréhension.  Ce travail doit donc être en lien avec notre vie quotidienne sinon on risque de s’envoler vers un monde de chimère, de fuir notre réalité d’humain ce qui est très souvent la tentation.  Et notre vie quotidienne qui dépend en partie de ce que nous sommes et de ce que nous faisons est aussi complètement imbriquée et dépendante des pensées et actions collectives de la société dans laquelle nous vivons. 

Mais revenons à cette notion d’ombre. Les ombres, ce sont ces parties inconscientes que nous ne pouvons ou ne voulons pas voir. Parties souvent rejetées parce qu’elles dérangent l’orientation du moi conscient. Elles peuvent être considérées comme l’inconscient dans son ensemble. Elles sont représentées par tous les personnages du rêve (sauf le rêveur qui représente le moi) mais les plus problématiques sont celles qui nous font peur, celles que nous fuyons, que nous rejetons.  Ce sont les brigands de toutes sortes qui souvent nous agressent, nous volent. Ils représentent souvent nos faiblesses, nos incapacités. Dans les rêves ils sont :

les marginaux (voir Marginalité – Conformisme ), les manouches (voir Les clefs pour se maîtriser ou la rencontre avec ses ombres ? ), …

les personnes en situation de handicap (physique, mental) (voir Accepter nos faiblesses, nos handicaps)…

les personnes sans domicile fixe, les migrants sans papiers…

les personnes pauvres, de milieux défavorisés, exclues…

Et aussi les femmes représentant le féminin en nous (pour les hommes mais aussi pour les femmes). Le féminin qui est plus proche de l’inconscient inquiète, insécurise le masculin, le moi conscient qui, pour se protéger, cherche à le maîtriser. Ce  désir de maîtrise peut s’exprimer de différentes façons par exemple à certaines époques dans la chasse aux sorcières.

Pour se construire, se stabiliser, la vie veut que le moi se protège en refusant toutes ces ombres sinon il risque d’être envahi, de ne pas pouvoir se structurer et même de disparaître (physiquement ou dans des maladies mentales extrêmes).  Il se protège donc en refusant des entités qui auraient pu faire partie de lui mais qui pour l’instant sont trop difficiles à intégrer. Par la suite quand il a atteint un état d’équilibre, de stabilité, il a du mal à prendre le risque d’être déstabilisé bien qu’il sente en lui le besoin de s’ouvrir, de s’enrichir au contact de l’autre en lui. Ses mécanismes de défenses continuent à fonctionner  et il est pris dans un conflit entre la fermeture sur lui-même et l’ouverture (voir Nos peurs, nos résistances). S’il choisit la fermeture d’une façon continue  il va se scléroser, rester sur ses vérités pour garder son assurance (Moi je…). Une fausse assurance qu’il aura besoin de renforcer à chaque attaque extérieure, à chaque attaque  des ombres, de l’inconscient, car celui-ci, en compensation, cherchera de plus en plus à l’ouvrir au fur et à mesure qu’il se protégera. L’issue peut être dramatique pour la personnalité. Maladies, accidents…

Et le mouvement des gilets jaunes dans tout cela? Et bien nous en parlons depuis le début de cet article. Si nous considérons ce mouvement comme faisant parti d’un rêve, d’un conte ou d’un mythe il exprime la réaction des ombres, de l’inconscient face à un moi sclérosé dans ses attitudes. Ce moi c’est la conscience du pays formée des décideurs de tout niveau représentés par le gouvernement actuel avec à sa tête le président et également par une grande partie de la population qui se cramponne à sa façon de vivre actuelle bien qu’elle ressente le besoin urgent de changement. En définitive on pourrait dire que ce sont les personnes reconnues dans la société.

Les gilets jaunes sont la frange de la population la plus pauvre,  si on écarte de plus pauvres encore qui n’ont plus les moyens physiques de réagir. Ces derniers « réagissent » également mais par des moyens qui se retournent contre eux-mêmes, contre leur intégrité physique et/ou mentale. C’est par l’usure des corps, les maladies, les drogues de toutes sortes, la soumission aux exigences des administrations, l’abandon du désir d’être soi-même pour pouvoir être aidés, pour recevoir les miettes qui permettent de vivoter. Le moi qui se drape dans sa toute puissance dirait que ce sont des assistés.

Les gilets jaunes se révoltent contre des injustices qui durent depuis trop longtemps et qui empirent avec le gouvernement actuel. Ils réagissent sans avoir de programme défini comme le fait l’inconscient. Ils sont actuellement l’expression de l’inconscient de notre pays. Leur première réaction est de vouloir bloquer le pays comme le fait l’inconscient sur le corps avec les burn out, maladies ou accidents. Trop c’est trop.

Au départ ils n’ont pas vraiment de revendication. Ils se révoltent car ils n’en peuvent plus devant un moi qui les ignore, les maltraite, qui ne s’intéresse qu’à une petite partie de la population, qui est incapable de comprendre l’autre partie, de s’intéresser à elle. Pendant longtemps il a fait semblant pour avoir la paix mais ses actes sont trop contraires à ses paroles. Pour avoir cette paix il lui faudrait accepter d’évoluer , de se remettre profondément en question. Mais peut-il encore le faire?

Leur première revendication est symbolique. Ils réclament le départ du président, du roi. Il y a quelques mois certains avaient même pendu et brulé un mannequin à l’effigie du président. 

Dans de nombreuses sociétés primitives, la prospérité du pays tout entier dépendait de la santé physique et psychique du roi : si celui-ci devenait impuissant ou tombait malade, il fallait le tuer et le remplacer par un autre dont la santé et la puissance sexuelle garantissaient la fécondité des femmes et du bétail et la fertilité de la terre… dans certains cas, la coutume n’était pas d’attendre que le roi vieillisse : passé un certain nombre d’années, il était mis à mort. L’intention est la même que précédemment : il se trouve périodiquement épuisé et doit être remplacé. … Marie Louise von Franz dans « l’interprétation des contes de fées » Édition Albin Michel  page 69.

La plupart du temps on ne tuait pas le roi mais il était remplacé.

L’ancien monde doit être détruit pour être renouvelé. Cet ancien monde, ce sont nos façons de penser et d’agir qui aboutissent à tant d’injustice sociale, et de destructions du milieu naturel nécessaire à la vie sur terre. Et pour cela l’inconscient réagit de pleins de façons. En particulier par ce mouvement des gilets jaunes (d’autres l’ont précédé), par les catastrophes climatiques qui deviennent de plus en plus présentes…

Comment réagit le moi à ces attaques de l’inconscient? (Vous avez compris que dans cet article nous parlons à la fois du moi personnel d’un individu et du moi collectif du pays). Il semble avoir trop attendu pour prendre la mesure de la situation. Est-ce qu’il la comprend aujourd’hui? Son soucis n’est pas là. Il sent le danger et veut sauver sa peau à tout prix car changer profondément de politique n’est pas envisageable pour lui. Il n’est pas prêt au grand saut comme le Phénix qui accepte de mourir pour renaître de ses cendres.

Comment fait-il ce moi pour sauver sa peau?

Au début il est très gêné par ces témoignages poignants, ces situations dramatiques de personnes qui travaillent, n’arrivent pas à s’en sortir financièrement et qui s’en sortiront de moins en moins avec les réformes qui s’annoncent dont la taxe sur l’essence qui a été l’allumette qui a mis le feu aux poudres. Il y a beaucoup de femmes. On ressent dans ces témoignages la peur de tomber encore plus bas, au niveau des plus pauvres décrits plus haut qui ont abandonné le désir d’être soi-même, on pourrait dire le désir de vivre.

Il propose des mesurettes, des miettes, en trichant même dans les propositions comme cette soi-disant augmentation du SMIC qui n’en est pas une. Comme cela ne convainc pas grand monde il propose une grande consultation dans laquelle il pourra accepter des changements très minimes qui ne remettront pas en cause l’essentiel. Cette consultation permettra de faire durer les choses en comptant sur la fatigue des gilets jaunes. D’ailleurs il insiste sur le fait que le mouvement faibli, mais peu à peu la vérité ne peut être évitée. Les injustices, les colères sont trop fortes pour retomber aussitôt.

Alors il va chercher des raisons de dévaloriser ce mouvement. Il va chercher à casser son unité  car cette unité est très fragile. Elle ne tient que par la révolte.

Ils ne savent pas ce qu’ils veulent? Ils ne le savent que trop bien mais c’est tellement énorme que cela ne peut pas se décliner en une suite de revendications. C’est au moi à évoluer, à mettre en place consciemment les changements attendus, c’est son travail. Eux n’ont pas de temps pour cela. Ils doivent survivre au jour le jour.

Ils n’ont pas de représentants, ils ne sont pas organisés, ils ne sont pas raisonnables? Oui mais ce n’est pas leur fonction. Leur travail à eux c’est de faire pression sur le moi pour qu’il change. Et lui il les accuse d’être ce qu’ils sont, il leur demande d’être comme lui.

Ils sont violents, ils paralysent le pays, ils font peur? Oui comme souvent les brigands, les ombres dans les rêves, les cauchemars. Sils n’étaient pas violents ils auraient peu de chances d’être écoutés. Pour que cette violence fasse encore plus peur, pour l’amplifier, le moi demande aux « forces de l’ordre » d’être de plus en plus violentes en comptant sur la presse pour que cela ne ne voit pas trop. 

Comment cette situation peut-elle évoluer? Comme dans le cas d’un individu soit le moi intégrera suffisamment ces forces inconscientes qui sont une richesse pour l’ensemble de la personnalité, du pays, soit il continuera à se barricader derrière ses vérités, ses certitudes et  la réaction de l’inconscient sera, dans un futur plus ou moins proche, de plus en plus forte.

Mais me direz-vous, un mouvement extérieur comme celui des gilets jaunes ne fait pas parti d’un rêve, d’un mythe.

Voilà bien la réaction classique d’un moi conscient qui ne s’appuie que sur sa pensée logique! Avec le temps, le travail sur les rêves, la fréquentation de l’inconscient, nous aide à ressentir de plus en plus le lien entre ces deux mondes conscient et inconscient, à ressentir l’unité de la vie. Il n’est pas à exclure, si nous le ressentons, d’interpréter un évènement extérieur, personnel ou collectif, comme un rêve. Cela peut être riche d’enseignements.

 

 

 

 

 

Les clefs pour se maîtriser ou la rencontre avec ses ombres ?

 

Les clefs pour se maîtriser.

Ce titre alléchant, qui envahit le domaine public, est très souvent bien loin des messages que peuvent nous apporter les rêves.

Il évoque que nous avons des comportements non souhaités par nous, notre entourage, la société, que nous voulons maîtriser comme le ferait un dompteur face à une bête sauvage. Ce dressage serait possible grâce à des clefs, des méthodes que nous pourrions appliquer à notre personnalité.

Nous serions une sorte de machine que nous pourrions déprogrammer puis reprogrammer à notre convenance comme on pourrait le faire pour des robots. Le monde marchand est de plus en plus friand de robots. Le robot représente l’homme idéal. Il peut travailler sans avoir ces comportements non souhaités qui freinent l’efficacité, la rentabilité. Cette exigence d’efficacité nécessite des robots très perfectionnés dont le comportement se rapproche de plus en plus de celui de l’homme par ce qui est nommé « l’intelligence artificielle ». Mais plus on fabrique des robots qui se rapprochent du comportement humain et plus on demande aux hommes d’être raisonnables, de nier leur côté irrationnel, d’être parfaits  c’est-à-dire de se comporter comme des robots.

Nier son côté irrationnel est totalement impossible pour l’homme car ce serait nier sa nature profonde. L’inconscient agit très souvent en compensation d’un moi conscient trop orienté. Si le moi, confiant dans son pouvoir sans limites, cherche à maîtriser l’inconscient d’une façon trop extrême, avec le temps, celui-ci aura des réactions également extrêmes dans l’autre sens. C’est ce qui s’est passé récemment chez deux hommes publics français qui ont une maîtrise d’eux-mêmes, un conscient puissant orienté vers la maîtrise des évènements extérieurs. Ils ont probablement eu des messages ou alertes de l’inconscient dont ils n’ont pas tenu compte. Cela s’est traduit par une alerte plus forte, un acte irrationnel, non maîtrisé par le conscient.  Cet évènement considéré comme une catastrophe, une carrière brisée, pourrait être s’ils en prennent conscience une occasion bénéfique de remise en question de leur fonctionnement. L’un était directeur du FMI et s’apprêtait à se présenter à l’élection présidentielle en France avec de grandes chances d’être élu. Il n’a pas pu se présenter. L’autre qui était le PDG d’une grande entreprise française s’est retrouvé emprisonné lors d’un passage au Japon.   

La rencontre avec ses ombres

L’inconscient ou plus précisément les ombres sont à l’origine de ces comportements non souhaités par le moi. Voici un rêve qui montre une attitude possible avec l’ombre. 

Rêve – La bagarre avec les Manouches

Je me trouvais chez mes parents, dans ma chambre. C’était le matin. En regardant par la fenêtre j’aperçus des manouches, un père et ses deux fils. Ils étaient en voiture et s’arrêtaient devant chaque maison pour y déposer des poubelles. Je sors alors de la maison pour interpeller l’un des deux garçons. C’est à peine s’il me regarde, me dévisage. Celui-ci vient voir le numéro de notre maison et me dit “ on se souviendra de cette adresse ”. Puis il commence à partir. Je le rappelle, le provoque et lui dit de venir se battre. Au départ il hésite puis nous nous battons (je me suis d’ailleurs réveillé avec une courbature sur la fesse gauche). A la fin de cet échange de coups nous sommes tous les deux un peu sonné. C’est comme si cela nous avait rapproché. Nous devenons alors amis. Nous allons faire du vélo sur le bord du canal Saint-Martin (près de Rennes, j’allais faire des ballades à vélo avec mes parents étant jeune)

Les manouches, les poubelles sont des parties inconscientes du rêveur qui est un jeune, un adolescent qui habite chez ses parents.

Les poubelles représentent tout ce que l’on rejette, tout ce qu’on ne sait pas assimiler, utiliser. Plus de conscience nous permettrait de voir qu’elles peuvent contenir des richesses que nous ne savons pas voir et que tout n’est pas à jeter.

Les manouches ont un style de vie très différent de la majorité de la population. Ils n’habitent pas un lieu fixe, voyagent beaucoup. Leur vie nous semble précaire mais beaucoup plus libre. Ils sont souvent rejetés.

Dans ce rêve, les poubelles déposées par les manouches devant chaque maison pourraient exprimer un juste retour à l’envoyeur. « Nous n’en voulons pas de vos déchets! » Par ce geste ils demandent au moi du rêveur de prendre conscience de toutes les ombres qu’il rejette (y compris les manouches eux-mêmes) et d’agir en conséquence. Le rêveur (son moi) n’accepte pas cette remise en question d’où la confrontation, la bagarre. Cette bagarre fait se rencontrer les deux ennemis qui deviennent amis. Devenir ami c’est se rendre compte que, bien qu’il soit différent, l’autre est tout aussi important que soi et qu’il est même complémentaire.

Ce rêve montre une évolution du rêveur qui ne s’est pas faite à partir d’un objectif d’évolution décidé par le moi conscient en appliquant une méthode pour y parvenir mais simplement en regardant en face une ombre (le jeune manouche), en acceptant la confrontation avec cette réalité intérieure.

Le manouche représente une liberté intérieure que le rêveur devait accepter pour aller vers la recherche de lui-même. Pourquoi n’acceptait-il pas cette liberté jusque là, pourquoi n’acceptons nous pas d’être libre, d’aller vers ce que nous sommes profondément? Parce aller vers ce que nous sommes c’est parfois, souvent, aller à contre courant de ce qu’on nous demande, de ce que nous impose la société, l’extérieur, que ce soit consciemment ou inconsciemment. Et aller à contre courant c’est devoir se battre contre les autres, contre soi-même (ses parties inconscientes) pour être accepté. Ce peut-être plus facile de se conformer à ce qui nous est demandé pour avoir la paix.

Ce rêve insiste sur le lien du rêveur avec ses parents. A la fin il va faire du vélo au bord du canal comme il le faisait plus jeune avec ses parents mais cette fois il y va en toute conscience en assumant sa nouvelle liberté (le manouche) qui l’autonomise par rapport à ses parents. Les parents ont été des tuteurs nécessaires un temps mais il vient un jour où il faut s’affranchir de ces tuteurs. Ces parents sont comme les clefs, les méthodes que nous recherchons pour avancer. Elles sont des tuteurs nécessaires à des moments de la vie mais il faut pouvoir s’en affranchir un jour sinon elles deviennent des carcans, des cuirasses qui,  guides et protectrices au début deviennent avec le temps des prisons.

Cette nécessité de confrontation avec l’ombre, avec l’inconscient, est la base du travail sur les rêves. On la trouve partout dans ce site. Par exemple dans le rêve de l’oursMarginalité – Conformisme, Accepter nos faiblesses, nos handicaps

Voici une situation de vie qui m’est arrivée et qui aborde cette question de la recherche de clefs, de méthodes.

Peur de parler en public

J’étais embauché depuis peu dans une entreprise. On me demandait pour la première fois de faire la présentation d’un projet à une assemblée importante qui réunissait des responsables de services de toutes les régions de France. D’une façon générale je n’étais pas à l’aise pour parler en public. Par ailleurs je connaissais peu l’environnement dans lequel allait s’insérer ce projet probablement beaucoup moins que chacun des participants.

A l’approche du jour de l’intervention je commençais à être très tendu. Je m’imaginais ne plus pouvoir parler ou au moins avoir une voix très tremblante. Je voulais éviter cette situation à tout prix. A cette époque Je pratiquais beaucoup le yoga  où à longueur de séances on cherche à se centrer sur les sensations physiques, à être à l’écoute de son corps. Par ailleurs j’étais très imprégné par l’enseignement de Krishnamurti qui insiste sur l’importance de s’accepter tel que l’on est, d’accepter la réalité. Je décidais donc d’appliquer ces deux clefs. Me centrer sur mes sensations corporelles et accepter que j’allais bégayer ou ne plus pouvoir parler et que je ne pourrai pas l’empêcher. Cette résolution m’a apaisé un peu.

Le jour de l’intervention à la tribune, pendant les quelques mots de présentation du responsable de la réunion mon cœur s’est mis à battre fort, mes membres à trembler… Je me suis centré sur mes sensations corporelles en décidant d’accepter ce qui adviendrait. Au moment où j’ai pris la parole j’étais dans la réalité, une réalité concrète, physique. J’étais moi-même et j’ai parlé comme je l’aurais fait à un ami en face de moi.

Dans cette expérience je me suis accepté tel que j’étais avec mes ombres et celles-ci n’ont pas eu à se manifester puisqu’elles étaient acceptées. Cette acceptation a été possible parce que j’ai utilisé des clefs « pour me maîtriser ». Nous avons vu à l’aide du rêve sur les manouches que ce n’est pas toujours le cas. Une évolution intérieure est possible sans clef, sans méthode elle est beaucoup plus assurée, intégrée mais elle nécessite du temps, de la patience, un travail sur soi non orienté vers le résultat immédiat.

Les clefs, les méthodes peuvent être nécessaires. Il ne faut pas les refuser tout en sachant qu’elles sont comme des tuteurs, des béquilles et que notre destin est de marcher par nous-mêmes.

Accepter nos faiblesses, nos handicaps

Nous sommes faits de la même matière, d’un assemblage des mêmes composantes. Mais chacun est unique. Nous avons des capacités qui sont différentes de celles de notre voisin. Nos incapacités, nos insuffisances, nos faiblesses elles aussi sont différentes de celles de notre voisin.

Pour nous insérer dans la vie nous devons nous appuyer sur des forces, des dons que nous choisissons de développer, d’exprimer. Ces choix sont orientés par les circonstances mais aussi par le milieu, la société dans laquelle nous évoluons.

En contrepartie nous ignorons nos parties faibles, nous les laissons en sommeil en évitant qu’elles apparaissent au grand jour, nous les rejetons. Quand les évènements extérieurs ou notre voisin les mettent en lumière ça fait mal.

Cette démarche est bien naturelle mais si elle dure trop longtemps, au delà du nécessaire, un manque se fait sentir. Nous fonctionnons qu’avec une partie de nous-mêmes. L’autre en nous, la faiblesse, réclame à être reconnue, acceptée, aimée. L’union de notre personnalité, notre totalité aspire à être vécue, à s’incarner.

Dans les contes de fées ces faiblesses non reconnues sont par exemple l’enfant trouvé ou le troisième fils d’un vieux roi qui est considéré comme simple d’esprit alors que ses frères sont vifs et intelligents. Ce vieux roi est faible et sent qu’il va mourir. Pour choisir lequel de ses trois fils héritera de son royaume il leur donne des épreuves  que le troisième fils réussit devant ses frères. Ainsi le simple d’esprit obtient la couronne, épouse la belle jeune fille rencontrée lors des épreuves et régnera avec sagesse pendant  de longues années.

Dans le rêve suivant ces faiblesses sont représentées par une personne.

Rêve – Le cours de natation

J’arrive au bord d’une piscine pour suivre un cours de natation animé par Marie. Je suis en retard. Ils ont déjà plongé et avancent sous l’eau jusqu’à l’autre bord. Puis ils restent un peu sous l’eau et remontent à la surface. J’ai plongé à leur suite. Pas facile d’avancer en restant sous l’eau. Au bout, en atteignant l’autre bord, j’ai essayé de rester sous l’eau sans respirer. A un moment j’ai senti que j’avais respiré mais l’eau n’était pas entrée en moi.

L’eau est un symbole de l’inconscient, de l’irrationnel,  des eaux primordiales d’où nous venons, de notre mère nature. En naissant sur la terre s’est développé notre moi rationnel qui est nécessaire pour survivre. Mais l’inconscient en nous reste très important et difficilement abordable par le moi (cf « Préambule »  voir « l’inconscient et moi » et « l’accueil des rêves »).

Dans ce rêve le rêveur (son moi conscient) est en formation pour apprendre à pénétrer dans son inconscient (nager sous l’eau). Ce n’est pas facile pour lui d’avancer dans ce monde inconnu. Il n’est pas très à l’aise ce qui peut expliquer son retard. Par ailleurs il ne doit pas respirer de peur d’être submergé, de disparaître, de retourner à l’état d’inconscience. Or à sa grande surprise il arrive à respirer sous l’eau sans être envahi. Il semble qu’il ait trouvé intuitivement cet état où son moi peut être en contact avec l’inconscient sans danger.

Nous pouvons remarquer que sa formation est très progressive, sécurisée. Il n’est pas lâché seul en pleine mer. Cela se passe dans une piscine avec la sécurité de l’autre bord qui ne semble pas très loin et avec l’encadrement de cette femme, Marie. Dans la réalité concrète ce rêveur fait un travail sur ses rêves. On peut considérer que ce travail correspond à cette formation dont le but est d’être à l’aise dans l’inconscient sans être submergé.

Mais Marie, la formatrice du rêve, n’est pas son interprète de rêve. Qui est-elle? Le rêveur dit qu’elle est une amie proche. C’est une femme très simple, très gentille qui ne se met jamais en avant. Elle a du mal à s’affirmer dans la vie, à s’exprimer. Elle reste dans l’ombre. Intérieurement elle est une ombre du rêveur qui est repoussée loin du moi. Le rêve montre qu’elle a une importance fondamentale pour lui, qu’elle peut lui apprendre à être à l’aise avec son inconscient mais pour cela il doit être à l’écoute de cette faiblesse en lui.

Dans les rêves les faiblesses peuvent également être représentées par une personne en situation de handicap comme dans le rêve suivant. Le rêveur était le même que pour le rêve précédent.

Rêve – Regarder attentivement et comprendre…

Je suis avec d’autres dans une petite pièce comme dans l’entrée de mon entreprise ou dans un stage de formation. L’animateur arrive. On me dit qu’il a eu un AVC au nez. Que c’est en lien avec le TGV.  Je suis étonné. Je savais qu’il avait eu un AVC mais au nez?

L’animateur nous explique ce qui est prévu. Il dit qu’un handicapé va venir nous faire une présentation ou un spectacle. Il nous faudra le regarder attentivement et comprendre… Il dit une phrase très alambiquée qui comprend plusieurs fois le mot « sens » dans des sens différents. Les autres font un oh! d’admiration. Moi, je n’ai pas trop compris.

L’animateur du rêve, le rêveur le connait bien. C’est un collègue. Il le décrit comme quelqu’un qui est très centré sur lui sur ses intérêts, son pouvoir. Il écoute peu les autres mais sait donner une bonne image de lui. Collectivement il est bien vu malgré des critiques qui se disent en privé. Il sait se faire bien voir par la hiérarchie qui lui a donné de grosses responsabilités. Il est centré sur l’action, autoritaire, efficace, pas psychologue. Il est extraverti alors que le rêveur est plutôt introverti. C’est une partie inconsciente du rêveur.

Dans le rêve nous comprenons que cette partie du rêveur a bien changé probablement grâce à son AVC. Cet AVC est en lien avec le TGV. Le TGV, Train à Grande Vitesse, peut exprimer ici que cette partie en lui qui est associée à la grande vitesse c’est-à-dire à son désir d’agir vite, efficacement, a eu un accident cérébral, un accident dans le fonctionnement de son cerveau. De cela le rêveur en est conscient par contre il ne sait pas que cet accident est en lien avec le nez. Le nez est l’organe de l’odorat qui nous permet de sentir. Intérieurement c’est sentir une ambiance, sentir quelqu’un par exemple dans l’expression « je ne le sens pas ». C’est un sens tourné vers l’intérieur des situations, qui permet de voir au delà des apparences. A lire la suite du rêve il semble que cet accident lui ai permis d’accéder à cette intériorité à ce sens subtil comme diraient les pratiquants de yoga.

Cette partie du rêveur a vraiment bien changé puisqu’il est maintenant formateur pour apprendre aux autres, et en particulier le rêveur (son moi conscient) à accéder à ce nouveau sens. Pour cela il leur demande de regarder attentivement et comprendre, c’est-à-dire assimiler, comment se comporte une personne en situation de handicap. Chacun sait que le manque, l’handicap permet à la personne de développer d’autres sens, d’autres capacités en réorientant l’énergie non utilisable vers d’autres directions. 

« Il dit une phrase très alambiquée qui comprends plusieurs fois le mot « sens » dans des sens différents. » Le moi du rêveur ne comprend pas. Il est perdu par cette phrase qui joue avec le mot « sens ». Pour lui elle ne fait pas sens! Pour l’instant il a à sa disposition une méthode qui est celle de chercher à regarder ses handicaps et à les comprendre ce qui un jour lui permettra d’accéder à ce sens.

Ce rêve nous montre que,  bien qu’il soit introverti, le rêveur a encore beaucoup de chemin à faire, de travail, pour accéder à l’invisible que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Bien que cela ne se voit pas à première vue il fonctionne comme son collègue dans l’urgence de l’action, la recherche de l’efficacité immédiate. L’évolution de l’image de ce collègue en lui va l’aider  à avancer sur ce chemin.

Ce rêve nous montre également que, contrairement à ce qui est admis en général, l’évolution d’une personne ne passe pas uniquement par l’effort du moi pour se changer mais aussi et souvent par une évolution dans son inconscient (ici le collègue) qui peut aboutir à une évolution du moi. Cette évolution de l’inconscient peut provenir d’évènement extérieurs ( par exemple un AVC), d’évènements intérieurs profonds qui ne semblent pas avoir de causes et aussi d’efforts du moi pour se changer même s’ils paraissent à postériori inadaptés.

Je ne résiste pas à faire le parallèle  entre l’orientation générale de notre société occidentale (et même mondiale) toute tournée vers l’urgence de l’action, la recherche de l’efficacité, de la vitesse, du pouvoir, la défense des intérêts particuliers… et l’attitude de ce collègue. Cette orientation générale pèse sur chacun d’entre nous comme une injonction plus ou moins consciente. Faudra-t-il que notre société, elle aussi, ait un AVC au nez pour qu’elle puisse sentir ce qui se trame?

Lâcher prise, Libération

Dans les rêves le lâcher prise apparaît souvent associé aux toilettes, ce lieu où l’on se libère de tout ce qui encombre, de tout ce qui n’est pas utilisable, exploitable par le corps.  En général cela signifie se libérer de ce qui encombre le psychisme.

Nombreux sont les rêves où le rêveur est à la recherche de toilettes, n’en trouve pas ou se trouve dans l’impossibilité de les utiliser pour de nombreuses raisons : Elles sont bouchées, la porte ne ferme pas à clef, il y a une très grande queue pour y accéder … En voici un dans lequel la rêveuse a réussi à se libérer.

Rêve – Un caca énorme

La rêveuse travaille auprès d’enfants dans l’Éducation Nationale. Elle est dans un bâtiment administratif avec une collègue amie qui doit passer devant un jury pour présenter sa démission. Après avoir travaillé de nombreuses années à son poste actuel, cette collègue a décidé de partir pour une expérience au Canada. Elle a envoyé une lettre à sa hiérarchie pour annoncer sa démission mais aussi pour expliquer les raisons de son départ. Elle a beaucoup travaillé à cette lettre pour décrire son cheminement pendant toutes ses années de travail et montrer que son besoin d’aller vers autre chose est dans la continuité de son travail. Elle a très peur que sa responsable, qui est la présidente du jury, lui mette des bâtons dans les roues.

Voici comment la rêveuse parle de la suite de son rêve : Je lui ai dit : Moi je pense que cela va bien se passer.  Je me suis approchée d’elle et l’ai embrassée sur le front en lui disant : tout se passera bien. A ce moment là j’ai eu une envie subite d’aller aux toilettes. J’étais très pressée. J’y suis allée en disant à ma collègue que je reviendrai. Elle, elle attendait d’être reçue.

Je suis entrée dans les toilettes et j’ai fait un énorme caca. Çà n’arrêtait pas. Je me disais : les toilettes cela ne va pas suffire. Cela me paraissait complètement disproportionné, énorme par la quantité et la grosseur de ce qui sortait. J’étais très surprise et un peu inquiète.  Çà sortait, ça sortait, ça sortait. Puis à un moment j’ai tiré la chasse d’eau avec inquiétude. Apparemment le courant a été assez fort pour tout emmener et cela m’a vraiment fait beaucoup de bien. En sortant il y avait une petite fille. Je lui avais dit d’attendre pour pouvoir finir ce que j’avais à faire. Je lui ai dit qu’elle pouvait y aller maintenant.

Je suis retournée à l’endroit où il y avait le jury. J’ai aperçu mon amie à travers une vitre. Elle m’a regardée en faisant un petit signe. J’ai compris que que ce n’était pas tout à fait terminé mais que cela s’était bien passé. Elle avait été entendue. Puis l’entretien se termine, elle sort. Je la prends dans mes bras. Elle est contente, elle souffle.  Çà a marché.

Nous comprenons à la lecture de ce rêve que la rêveuse s’est réveillée dans une profonde détente. Cette détente, nous l’associons à celle de la rêveuse au moment où dans le rêve elle a réussi à se débarrasser de tout ce qui encombrait ses intestins. Mais elle est aussi celle de la rêveuse et de son amie quand elles apprennent que le jury a accepté la démission.  Il y a un parallélisme évident entre les deux histoires ( le caca et l’entretien avec le jury) qui se déroulent en même temps. Le parallélisme est même mis en scène à la fin quand l’amie fait signe que l’entretien s’est bien passé mais qu’il faut encore attendre, le temps d’attente correspondant au moment où la petite fille va aux toilettes.  Il semble que ces deux histoires soient là pour insister sur la synchronicité entre deux aspects du mécanisme de lâcher prise. L’un étant d’ordre physique, l’autre psychique.

L’amie et la petite fille sont deux parties inconscientes de la rêveuse, qui dans ce rêve, agissent de concert avec la rêveuse (son moi) pour que l’ensemble de sa personnalité (sa totalité ou Soi) aille vers un renouveau profond qui correspond à ce travail au Canada. A propos du Canada, la rêveuse indiquera que dans ce  pays il y a de nombreuses expériences novatrices dans le domaine de l’éducation. C’est pourquoi ce travail au Canada est très attirant pour elle.

Il faut noter que cette libération (ou l’acceptation de la responsable) a été possible grâce à l’action de l’amie pour faire le point sur ses années de travail et montrer que son besoin de renouveau était le résultat d’un cheminement. Le lâcher prise, même s’il arrive soudainement sans rapport avec notre volonté, est le résultat d’un travail. Un « travail » qui se fait en nous mais aussi par nos actions concrètes comme quand nous disons « travail sur les rêves ».

La tentation est grande pour la rêveuse de considérer ce rêve comme ce qui pourrait arriver par la suite c’est-à-dire comme un rêve prémonitoire. Elle se mettrait à rechercher du travail au Canada pour que le rêve se réalise ou elle se poserait sur un petit nuage en attendant que le rêve se réalise indépendamment d’elle. D’une façon générale ce n’est pas l’orientation qu’il faut privilégier.

L’attitude juste est plutôt de se mettre à l’écoute de soi et autour de soi pour repérer le renouveau, la vie qui est à l’œuvre afin de la laisser s’épanouir tout en repérant et en acceptant les forces qui refusent ce renouveau et nous maintiennent dans le passé.

Repérer de nouvelles attitudes qui apparaissent spontanément en nous  mais aussi des évènements indépendants de notre volonté. Pour la rêveuse, ces évènements pourraient être par exemple, mais pas nécessairement, des appels à ce qu’elle recherche un nouveau travail et pourquoi pas au Canada. Dans le cas présent cela sera probablement beaucoup plus subtil dans la mesure où la rêveuse est en retraite, que malgré une passion et un engagement pour son travail dans sa vie professionnelle elle n’est plus dans une attente concrète de ce genre.

Perle d’un jour – sens de l’interprétation des rêves

Les personnes qui commencent ce travail sont attirées par les rêves, parfois, sans raison particulière, sans raison exprimable. Je dirais que c’est une attirance vers l’inconscient, l’intériorité, un besoin de comprendre, de se comprendre.

Ce besoin peut sembler provenir d’un mal être plus ou moins diffus. C’est peut-être plus précis. Elles ont des rêves difficiles qui reviennent souvent qu’elles associent ou non à des conflits intérieurs ou extérieurs. Elles cherchent à comprendre pour aller vers un mieux être.

Ces personnes débutantes veulent connaitre la signification de leurs rêves pour soulager, améliorer leur situation, la situation de leur partie consciente représentée par leur moi. Qu’est-ce que veut dire ce rêve? Elles ont la conviction que de savoir ce qu’il veut dire va les aider à être plus conscientes, à soulager leur mal être intérieur ou leur donner des éléments pour résoudre des situations difficiles à l’extérieur. Elles ont en partie raison.

Elles cherchent la méthode pour interpréter ou attendent de leur interprète ce que le rêve veut dire. C’est bien normal de vouloir comprendre ce qui gène en nous pour aboutir à un changement libérateur. C’est vrai que cette démarche peut aboutir à des évolutions ou solutions spectaculaires. Mais si elles restent dans cette attitude ces personnes deviennent dépendantes de cette aide que leur procure les rêves, l’inconscient, leur interprète. Elles utilisent l’inconscient pour leur propre satisfaction, pour leur pouvoir (le pouvoir de leur moi). Leur moi reste figé, n’évolue pas et l’inconscient, les rêves arrêteront de les aider. Elles n’auront plus envie de cette méthode qui ne leur apporte pas ce qu’elles cherchent et iront à la quête d’autres méthodes…

Bien que dans des moments difficiles elles peuvent retomber dans l’attitude décrite précédemment, les personnes qui font ce travail depuis suffisamment de temps s’aperçoivent peu à peu que leur motivation change. Leur motivation change parce que leur appréciation de ce qu’est la réalité, de ce qu’elles sont, change.

A force de fréquenter l’inconscient celui-ci devient plus proche, plus fréquentable. Il devient un ami, même si le dialogue est parfois musclé. La confrontation fait grandir chacun (le moi conscient et l’autre l’inconscient). Cette confrontation fait que je me sens moins seul, plus complet, de moins en moins dépendant psychologiquement des autres, des évènements extérieurs. Paradoxalement je ne m’éloigne pas des autres. Au contraire, étant plus indépendant je peux les rencontrer sans risque en étant plus moi-même et en acceptant tels qu’ils sont (Attention : contrairement à ce qui est souvent admis, être moi-même ce n’est pas exprimer tout ce que je pense sans tenir compte de ce qu’est l’autre sans le respecter.).

La conscience s’élargit, s’épanouit, les projections disparaissent. Le moi devient moins unilatéral, il s’assouplit. Une sensation de sécurité intérieure, d’unité apparait peu à peu. Unité de la personnalité, unité avec le monde extérieur. Cette unité avec le monde extérieur n’est pas un monde de bisounours où je plane sur mon petit nuage. Elle n’exclue pas la confrontation, les conflits, la souffrance… Cette unité, C.G. Jung lui a donné le nom de Soi en empruntant un terme indien. Pour les alchimistes c’est la Pierre philosophale. C’est aussi le Graal…

Cette fréquentation continue de l’inconscient, ce dialogue, font que les rêves évoluent et deviennent une aide précieuse pour se connaître au jour le jour dans son évolution, corriger ses attitudes  et même être alerté à l’avance pour agir plus justement. On obtient  l’aide tant souhaitée par les personnes débutantes dans ce travail, mais paradoxalement sans qu’elle soit désirée.

Le chemin vers cette unité est aussi un chemin vers l’acceptation de la vie telle qu’elle se présente au jour le jour, qu’elle soit agréable ou désagréable ce qui n’exclue pas les luttes pour une vie meilleure.

Ce chemin il peut être ressenti dans le poème Le Gallet.

Il peut être ressenti dans le poème suivant qui est apparu récemment dans un rêve.


Perle d’un jour

Perle d’un jour,
fracassée sur la pierre
 blanche à ses heures
Parfois sombre
Petite et forte

L’ombre te saisit

Attendre : c’est plus qu’un mot

Minuscule mais toujours là
Immobile au petit matin
et pourtant tu tourbillonnes
mais pour combien de temps?

Une nouvelle journée s’annonce
éclairée par à-coups
si dense
te recroqueviller, disparaitre
aller plus loin

Non tout simplement Non
Attendre

Voici ce que dit la rêveuse de son rêve et du poème:

Quand je me suis réveillée j’ai eu vraiment la sensation d’avoir écrit un poème en dormant mais je ne me souvenais plus de rien. Comme un rêve dont je ne me souvenais pas. C’était bizarre. Ce n’était pas un rêve comme d’habitude.

Peu à peu des mots se sont imposés très fortement en moi. « Perle d’un jour ». Je me suis dis : ce sont ces mots qui étaient dans le poème cette nuit. Les autres mots ne revenaient pas. Mais « Perle d’un jour » s’accrochaient en moi. C’était très fort. Je me suis dis : Cette perle c’est une perle de culture, une perle blanche. Perle d’un jour, elle est là, aujourd’hui mais elle peut être là tout le temps, éternellement. Et j’ai pensé à ces plongeurs aux bras nus, dans les iles, avec seulement un masque, qui vont chercher ces perles dans les barrières de corail au fond des océan, très en profondeur. 

Je me suis dis : Cette perle… c’est moi. Déjà je sentais autre chose. Les autres mots n’étaient pas loin. Il y avait une sorte d’intégration. Il fallait que ces mots passent dans mon corps pour que je les retrouve. C’était fort. Quelque uns revenaient par exemple : « tourbillonnent », « attendre ». Alors j’ai vraiment pris conscience que j’avais écrit ce poème cette nuit. Il fallait que j’écrive. Les mots étaient là mais pas vraiment formulés. Pour qu’ils reviennent il fallait que j’écrive. Je ne voulais pas forcément écrire mais cela s’imposait à moi, j’étais poussé à le faire. J’ai pris une feuille mais je ne savais pas quoi écrire. J’ai commencé par perle d’un jour et j’ai senti des sensations très fortes. Par exemple comme si je recevais un coup de poing en pensant au mot « fracassée »… J’incrustais les mots au fur et à mesure dans mon corps. C’était bizarre. Violent. Et le poème s’est écrit.

Cela  m’a donné une impression de globalité. Un état… un état pour traverser. Il y a des ressentis qui peuvent paraitre destructeurs mais des choses arrivent qui renouent autre chose… La perle est toujours là, elle est petite, minuscule. Il y a une espèce de mouvement qui peut paraitre turbulent, destructeur… et qui permet d’être là, d’être là. Et puis l’attente.

C’est une attente qui est pleine. L’attente c’est la réceptivité de tout se qui se passe en moi. C’est à la fois le fracas, le chaos, des éléments de force… Tous ces éléments font que ça traverse mais une attente est quelque part nécessaire. Attendre? Au début cela me paraissait bizarre. J’attends quoi? Je n’attends rien mais ce n’est pas une attente où il ne se passe rien. Cette attente elle est nourrie.  C’est à la fois statique , le mot « immobile », mais aussi un mouvement très fort par pleins de mots comme « tu tourbillonnes », « fracassée ».

Et tout cela ça permet d’être là. Tout simplement. Au final ça paraît petit.

Je ne voulais pas écrire, je ne voulais pas. Cela s’est imposé. Il y avait des mots qui se présentaient et en même temps une résistance en moi. C’était surprenant. Dès que j’ai commencé à écrire cela a continué. Quand j’ai relu le poème il y a des mots qui m’ont surpris mais ils étaient sortis comme ça. Alors je me suis dit : ne touche à rien.

Cette histoire de perle c’était en dehors de moi. J’étais là et en même temps je me suis dit : Cette perle c’est moi. Cette perle c’est quelque chose de très petit mais dur quand même. Elle peut rouler, se retourner, elle peut se mettre partout. Elle est très souple, très mobile et en même temps très dure car elle se fracasse aussi. Quand j’en parle je suis complètement nourrie par elle. Je la porte depuis ce rêve. C’est très étrange. Elle est là. C’est une présence forte. C’est une espèce de présence dans le mouvement, une présence d’accompagnement. Elle est en moi, dedans et dehors. Elle fait partie d’un tout. C’est moi mais c’est pas moi. Je ne sais pas comment expliquer ça. C’est plus que le moi, ça le dépasse.

Que rajouter ? Peu de choses de peur que des explications, une interprétation polluent cette expression spontanée, vivante.

Nous aurons reconnu dans la perle un symbole du Soi , de la totalité de la personnalité dans laquelle le moi n’est qu’une petite partie.

Notons également les difficultés auxquelles la rêveuse a dû faire face pour exprimer, incarner ce message qui lui est venu des profondeurs. 

 

Un rêve qui a guidé C.G. Jung vers l’inconscient collectif

Le rêve qui suit et les commentaires sont issus du livre « MA VIE » Souvenirs, rêves et pensées C.G. Jung  Recueillis et publiés par Aniéla Jaffé    Éditions Gallimard  collection folio.

[Un rêve] fut important pour moi, car il me conduisit pour la première fois à la notion d’ « inconscient collectif »…

Je me trouvais dans une maison à deux étages, inconnue de moi. C’était « ma maison ». J’étais à l’étage supérieur. Une sorte de salle de séjour avec de beaux meubles de style rococo s’y trouvait. Aux murs, de précieux tableaux étaient suspendus. J’étais surpris que ce dût être ma maison et je pensais : « Pas mal! » Tout à coup me vint l’idée que je ne savais pas encore quel aspect avait l’étage inférieur. Je descendis l’escalier et arrivai au rez de chaussée. Là tout était plus ancien : Cette partie de la maison dataient du XVe ou du XVIe siècle. L’installation était moyenâgeuse et les carrelages de tuiles rouges. Tout était dans la pénombre. J’allais d’une pièce dans une autre, me disant : je dois maintenant explorer la maison entière! J’arrivais à une lourde porte, je l’ouvris. Derrière je découvris un escalier de pierre conduisant à la cave. Je le descendis et arrivai dans une pièce très ancienne, magnifiquement voûtée. En examinant les murs je découvris qu’entre les pierres ordinaires du mur étaient des couches de briques, le mortier en contenant des débris. Je reconnus à cela que les murs dataient de l’époque romaine. Mon intérêt avait grandi au maximum. J’examinai aussi le sol recouvert de dalles. Dans l’une d’elles je découvris un anneau. Je le tirai : la dalle se souleva, là encore se trouvait un escalier fait d’étroites marches de pierre, qui conduisait dans la profondeur. Je le descendis et parvins dans une grotte rocheuse, basse. Dans l’épaisse poussière qui recouvrait le sol étaient des ossements, des débris de vases, sortes de vestiges d’une civilisation primitive. Je découvris deux crânes humains, probablement très vieux, à moitié désagrégés. — Puis je me réveillai.

Il était clair que la maison représentait une sorte d’image de la psyché, autrement dit de ma situation consciente d’alors, avec des compléments encore inconscients.  La conscience était caractérisée par la salle de séjour; elle semblait pouvoir être habitée malgré son style vieillot.

Au rez de chaussée, commençait déjà l’inconscient. Plus je descendais dans la profondeur, plus tout devenais étrange et obscur. Dans la grotte je découvris les restes d’une civilisation primitive, autrement dit le monde de l’homme primitif en moi; ce monde ne pouvait guère être atteint ou éclairé par la conscience. L’âme primitive de l’homme confine à la vie de l’âme animale, de même que les grottes des temps primitifs furent le plus souvent habitées par des animaux avant que les hommes ne s’en emparassent pour eux-mêmes…

Le rêve venait ajouter à ma situation consciente … d’autres couches de consciences : le rez de chaussée au style moyenâgeux, depuis longtemps inhabité, puis la cave romaine et enfin la grotte préhistorique. Elles représentaient des époques révolues et des niveaux de conscience dépassés…

Il remontait, de toute évidence, jusqu’aux bases de l’histoire des civilisations, qui est une histoire de stades successifs de la conscience. Il décrivait comme un diagramme structural de l’âme humaine, une condition préalable de nature essentiellement impersonnelle. Cette idée eut pour moi force d’évidence : it clicked, comme disent les Anglais; et le rêve devint pour moi une image directrice, qui, par la suite, se confirma dans une mesure alors imprévisible. Par ce rêve, je soupçonnais pour la première fois l’existence d’un à priori collectif de la psyché personnelle, à priori que je considérai d’abord comme étant des vestiges de modes fonctionnels antérieurs. Ce n’est que plus tard, lorsque se multiplièrent mes expériences et que se consolida mon savoir, que je reconnu que ces modes fonctionnels étaient des formes de l’instinct, des archétypes.

La  citation précédente de C.G. Jung  est issue du Chapitre Sigmund Freud (à partir de la page 186) du livre « MA VIE » Souvenirs, rêves et pensées C.G. Jung . Elle omet les phrases de Jung concernant sa relation avec Freud et leurs conceptions différentes dans la compréhension des rêves et en particulier celui qui est cité. Ce sujet n’est pas dans l’objectif de cet article.

Si besoin voir Inconscient collectif dans le glossaire.

Je ne rêve pas ou peu. Pourquoi?

Cette question a d’innombrables réponses en fonction de la personne et de sa situation au moment où la question se pose.

Il faut se souvenir que le rêve est une manifestation de l’inconscient perçue par le conscient. C’est un message qui passe d’un monde à l’autre, la frontière entre ces deux mondes étant appelée le seuil de la conscience. Cette manifestation participe d’un processus naturel qui agit pour que ces deux mondes se rencontrent, que la personnalité s’unifie, que le Soi se réalise.

Si cette unification de la personnalité est déjà bien avancée le rêve est beaucoup moins nécessaire. Le moi conscient peut être à l’écoute d’ombres, de processus inconscients même à l’état de veille. Pour pouvoir développer cette écoute le moi conscient doit être suffisamment fort.

Si au contraire le moi n’est pas encore suffisamment développé, suffisamment fort, si les aléas de la vie lui demandent de mettre toute son énergie dans les réalisations extérieures il ne sera pas orienté vers la perception de ses rêves. Je me souviens d’une conversation avec une jeune femme qui était passionnée par les rêves et leur compréhension et qui était très déçue de ne plus rêver. Elle était en train de s’installer comme maraichère avec très peu de moyens financiers. Ses journées de travail étaient très longues.  Toute son énergie était orientée vers l’extérieur. C’était ce qu’elle devait faire. Un jour elle me dit toute souriante que ses rêves étaient revenus depuis deux jours. En fait il y avait de grosses intempéries et depuis deux jours elle ne pouvait plus travailler dans les champs. En général chacun peut remarquer que les périodes de vacances sont plus propices à la manifestation des rêves.

Dans les autres cas et ils sont nombreux c’est qu’il y a en nous des résistances. Elles sont abordées dans l’article Nos peurs, nos résistances.