La mort dans les rêves

Je rêve de ma mort ou de celle d’un proche

Sa mort ou celle de ses proches interpelle très souvent le rêveur même si le rêve n’est pas accompagné de peurs ou d’une ambiance de cauchemar. Au réveil il se pose rapidement la question : Est-ce que cela va arriver ? Est-ce un rêve prémonitoire ?

Il y a toujours deux interprétations possibles concernant les personnages ou situations d’un rêve (voir Quelques repères pour comprendre un rêve).

Soit ils représentent les personnes physiques que l’on connaît, les situations extérieures. C’est ce qui vient en premier à l’esprit.  Je vais prochainement mourir ou cette personne va mourir. C’est assez rare. Cela arrive dans les cas où le rêveur est très intuitif  ou qu’il a un lien très fort avec la personne. Mais les intuitifs savent que leurs intuitions ne se réalisent pas toujours. En attendant de voir si la réalité viendra confirmer l’intuition il est plus sage de s’intéresser à l’autre type d’interprétation.

Soit ils représentent des parties subjectives de nous-mêmes qui sont en train de mourir. Cela signifie des changements en nous, des évolutions, transformations. Nous avons intérêt à nous demander ce qu’elles représentent pour pourvoir accompagner consciemment ce processus.

La personne qui m’a raconté le rêve suivant est une femme qui était adolescente au moment du rêve. Elle dit que ce rêve l’a beaucoup marquée.

Rêve – Elle assiste à son enterrement

Elle est dans un cercueil. C’est son enterrement. Elle est aussi devant le cercueil. Elle assiste donc à son enterrement. A coté d’elle sa mère est effondrée, en larmes.

Elle se voit dans le cercueil pendant son enterrement. Elle est donc morte tout en étant consciente de cette mort. C’est contradictoire avec notre peur de la mort car en général la mort est pour nous la mort du corps mais aussi celle de la conscience.  Mais son corps est également bien vivant car elle est devant le cercueil et l’accompagne. Le rêve la montre dans deux états différents. Dans le premier son corps est mort, dans le deuxième il est vivant. Dans les deux cas la conscience est encore là.

Comment comprendre ce rêve? De quelle mort il s’agit? Pour nous aider nous avons deux informations. La première est dans le rêve: « sa mère est effondrée, en larmes ». La deuxième est dans la vie de la rêveuse. Elle était dans la période d’adolescence ce qui veut dire que se posait pour elle la question de partir de sa maison familiale concrètement mais aussi psychologiquement. Pour vivre sa vie elle devait prendre du recul, s’éloigner du conditionnement familial, de sa mère. Ce changement d’état, cette évolution ne se fait pas sans souffrance même si elle n’est pas consciente. Cette souffrance est vécue par la mère qui a du mal à laisser partir sa fille. Cette mère est la mère extérieure qu’elle connait mais aussi une mère intérieure, une entité psychologique en elle qui est représentée par sa mère car elle réagit de la même façon. Le rêve montre donc la mort de l’enfant (ou de l’adolescente) en elle.

Rêve – Elle est tuée mais encore là

Dans une grande pièce vide, lumineuse, la rêveuse est là, seule. 3 personnes entrent (2 femmes et un homme). Ils veulent la tuer. Elle n’a pas de moyen pour se défendre. Elle se met à prier Dieu et à s’en remettre à lui. Il semble qu’elle ait été tuée mais en se faisant cette réflexion elle s’aperçoit qu’elle est encore vivante.

Dans ce rêve il y a une mort suivie de la vie qui est toujours là. Ici le changement, l’évolution, la transformation ont été créés par la prière. S’en remettre à Dieu c’est, symboliquement, accepter notre petitesse, c’est abandonner notre désir d’agir, reconnaître que notre pouvoir a des limites. C’est aussi lâcher prise comme dans le rêve de l’ours .

Ce rêve est arrivé à un moment où la rêveuse se sentait de plus en plus elle même, où elle se sentait revivre après une période difficile. De quelle mort s’agit-il ? Pour le savoir il faudrait connaître d’autres rêves avant celui-ci ou après. Les rêves ne sont pas toujours isolés. Il faut pouvoir les remettre dans le contexte de la vie de la rêveuse mais aussi les relier à d’autres rêves de la même époque. Dans un rêve précédent la rêveuse était à son travail. Son chef de service lui imposait en permanence de rendre des comptes ce qui la contraignait et l’empêchait de vivre. On peut considérer que cette mort en elle  est celle de l’attitude de ce chef de service. C’est cette extrême exigence qu’elle avait envers elle, ce besoin d’être irréprochable. La mort de cette attitude a été possible par son lâcher prise. Cette attitude exigeante peut être reliée également à « la grande pièce vide lumineuse ». La lumière ici représente le besoin extrême de comprendre, de maîtriser. Pour lâcher prise il faut pouvoir accepter le brouillard, la nuit, la mort.

Rêve – Je me suis battu avec mon frère… Il est mort

Je me suis battu avec mon frère. (Il ressemble à mon ancien chef). Si j’avais pu je lui aurais mis mon poing dans la gueule. La prochaine fois ou dès que je peux je le ferai. Je vais en parler à mes parents pour qu’ils soient au courant avant que cela se fasse. Par la suite j’apprends qu’il est mort. Il a été tué. Ce n’est pas moi qui l’ai tué mais il y a peut-être un lien.

Dans la réalité le rêveur n’a pas de frère. Ce frère représente donc une partie de lui-même (une ombre) qui lui est très proche c’est-à-dire proche de sa conscience. Une sorte de frère ennemi. Le rêveur ne le supporte pas. Il semble vouloir l’éloigner, s’en débarrasser mais pas jusqu’à le tuer car il fait parti de sa famille, de sa structure. Cette structure, représentée par ses parents, il veut l’avertir du conflit, peut-être du changement imminent car cela sera dur à supporter pour elle, pour lui.

Que représente en lui cette ombre? Elle ressemble à son ancien chef. Celui-ci était très différent du rêveur ou plutôt de comment le rêveur se perçoit, de l’image qu’il présente aux autres. D’après lui, ce chef était autoritaire, cassant, ne se préoccupant pas des autres ce qui semble être le contraire du rêveur. Il faut signaler au passage que cette description évoque au rêveur la personnalité de son père.

La mort de cette ombre en lui est donc une évolution très importante. Il semble l’avoir souhaitée tout en la redoutant.

Je rêve d’une personne qui en réalité est morte

Nous avons toujours la possibilité des deux interprétations :

Soit la personne morte est une partie intérieure du rêveur. C’est assez compréhensible dans des rêves où la personne décédée se comporte très différemment du comportement qu’elle avait quand elle était vivante (sauf à faire l’hypothèse que l’esprit du mort peut évoluer après sa mort physique). Le rêveur du rêve précédent a souvent rêvé à son père décédé. Il présentait la même image, le même visage mais avait des comportements très éloignés de ceux du mort.

Soit … Il y a des rêves où nous avons la sensation que le mort ou son esprit vient nous visiter, souvent pour nous transmettre une connaissance à laquelle il a accès. Est-ce vraiment le mort qui revient ou plutôt une partie de nous même qui est très éloignée de la conscience? Cette question est-elle vraiment importante? Il me semble que, quelle que soit la réponse, le rêve nous donne accès à une réalité qui est très profondément enfouie dans l’inconscient. L’important pour nous est de l’assimiler.

Rêve – Ma grand mère vient de mourir

La grand mère qui était très proche d’une jeune femme venait de mourir. Elle vient la voir dans un rêve pour lui dire:  » Ne t’inquiète pas. Je vais très bien là où je suis « .

Quelle que soit l’interprétation que l’on puisse faire, l’esprit de la personne décédée ou un esprit intérieur, l’important est de prendre le rêve au sérieux, comme tous les rêves d’ailleurs,  et que l’interprétation ne soit pas une façon de fuir sa réalité. C’est une réalité psychique qui a autant d’importance qu’une réalité physique. Si on le prend au sérieux il agira. Dans le cas présent il aidera la rêveuse à accepter cette réalité inéluctable qui est la mort physique de sa grand mère. 

Voici maintenant une vision. Une vision est une sorte de rêve éveillé qui nous saisit beaucoup plus fortement qu’un rêve. La vision et le texte qui l’accompagne est une citation de Alberte Michon-Rajon  qui a été une proche d’Étienne et Francine Perrot.

Vision – Le seau de larmes

Une histoire m’est revenue en mémoire après avoir reçu le coup de fil d’une personne angoissée qui venait de perdre un être cher. Elle avait des visions et, autour d’elle, des manifestations bizarres se produisaient. Elle ne savait que faire.

Je vous rapporte cette histoire parce qu’elle pourra aider quelques personnes dans la peine après la perte d’un être cher comme elle a aidé une de mes amies qui était déprimée après la mort de sa mère dont elle était très proche. Le grand vide laissé par son départ faisait qu’elle ne parvenait pas à sortir de son chagrin et pleurait chaque jour.

Or elle rencontra à ce moment-là une personne perdue de vue depuis assez longtemps – une personne simple – qui lui raconta une histoire qu’elle avait vécue quand elle était enfant. Elle avait perdu une petite sœur de deux ou trois ans. Le chagrin de sa mère était immense. Elle ne parvenait pas à surmonter sa peine et vivait sans cesse en pensée avec son enfant mort, négligeant complètement son mari et ses autres enfants et toutes les personnes de son entourage.

Un jour, qu’elle était assise près de sa mère sur un banc, elle vit celle-ci changer d’expression, fixer quelque chose et prononcer des mots inaudibles. La fillette, était un peu effrayée, sentant qu’il se passait quelque chose qu’elle ne voyait pas et ne comprenait pas. Elle secoua sa mère en l’appelant, comme pour la réveiller. Alors sa mère lui dit : « Je viens de voir ta sœur. J’ai d’abord vu une belle dame qui conduisait un groupe d’enfants joyeux et, un peu en arrière, ayant des difficultés à suivre la joyeuse bande, il y avait ta petite sœur qui portait un grand seau plein d’eau et qui peinait beaucoup. Je lui ai dit : « Cette charge est bien trop lourde pour toi, que portes-tu donc ? » et elle m’a répondu : « Arrête, maman de pleurer : ce sont tes larmes que je porte. »

La mère est sortie de cette vision apaisée. Elle a presque arrêté de pleurer à partir de ce moment. Elle a compris qu’il ne fallait pas essayer de retenir ceux que l’on aimait et qu’il fallait accepter l’incompréhensible.

La femme qui a raconté la vision de sa mère à mon amie n’avait rien oublié, bien que cela soit arrivé il y a bien longtemps, quand elle était petite fille, alors qu’elle a maintenant plus de soixante ans.

Ce que montre cette vision est valable aussi pour les vivants. Il nous faut laisser aller ceux que l’on aime vers leur destin, ne pas les peiner par nos larmes, notre souffrance et notre sentiment d’abandon.

 

 Que disent les rêves de la mort?

Rêve – juste avant  de mourir

Il y a quelques années, un homme âgé qui était très malade depuis longtemps était à l’hôpital toujours allongé dans son lit car il ne pouvait plus se lever. Il en avait assez de souffrir et avait peur de mourir.

Un matin l’infirmière vient le voir et le trouve très gai, très heureux, détendu ce qui n’était pas son état habituel. 

Il lui dit qu’il a fait un rêve. Il était debout dans la salle de bain attenant à sa chambre. Il venait de se laver et était entrain de s’habiller. Il était guéri.

Ils ont plaisanté en parlant de ce rêve puis l’infirmière est allée chercher quelque chose dans la salle de bain. Quand elle est revenue quelques minutes plus tard il était mort.

On pourrait considérer que la finalité de ce rêve était d’aider le rêveur à lâcher prise, à le rassurer, à accepter sa mort.  C’est le côté compensatoire des rêves. Ils montrent une autre perception de la réalité. 

Mais le rêve pouvait très bien dire également que le rêveur était guéri. Guéri de ses peurs, de sa souffrance, des contraintes de son corps.

Pour aller plus loin dans la réponse à cette question : Que disent les rêves de la mort?  je vous conseille de lire le livre de Marie-Louise von Franz « les rêves et la mort » aux éditions La Fontaine de Pierre.

Voici un extrait de sa conclusion :

Les rêves de personnes confrontées à la mort montrent tous que l’inconscient, c’est-à-dire notre monde instinctif, ne prépare pas la conscience à une fin totale, mais bien plutôt à une profonde transformation et donc à un mode de continuation du processus vital que notre conscience ordinaire ne nous permet pas de saisir. Les thèmes et les structures des symboles qui apparaissent dans les rêves correspondent aux doctrines des différentes religions sur la vie après la mort, et nous y avons retrouvé un très grand nombre d’images mythiques.