Nos peurs, nos résistances

Il est question ici de nos peurs, de nos résistances à lâcher prise, à nous abandonner, à nous laisser guider par cette « force » en nous (le Soi) qui cherche la réalisation de la totalité que nous sommes.

Il faut redire que ce « nous » qui a peur, qui résiste, peut être aussi bien le moi conscient que des parties inconscientes de la personnalité.

Dans cet article il est questions des peurs ou des résistances qui nous empêchent d’aller vers nous-mêmes mais il y a beaucoup de situations où elles sont nécessaires et utiles pour nous protéger contre l’envahissement par des forces nuisibles que ce soit en nous ou à l’extérieur dans la vie concrète. Dans des situations extérieures ce mot « résistance » peut être un formidable encouragement à protéger la vie, à protéger l’humain, à se protéger.

Pourquoi résistons nous?

Parce que nous avons peur de l’inconnu. Nous connaissons notre situation, nous sommes habitués à elle, même si elle est très difficile. Elle est une sécurité. Si nous nous mettons à changer réellement nous ne savons pas ce que nous allons devenir. C’est une mort de ce que nous sommes sans avoir de garantie sur notre futur. Aux forces de vie qui nous emmènent vers ce que nous sommes profondément s’opposent toujours d’autres forces qui cherchent à maintenir le passé. Il y a donc un conflit entre des forces opposées et son issue n’est pas connue.

Voici deux rêves qui montrent ce conflit à l’œuvre:

Rêve – La Fontaine de Pierre
La rêveuse est dans une forêt. Il y a une fontaine de Pierre. Il y a tellement d’eau qu’elle déborde. Cela fait un petit ruisseau. Dedans il y a des poissons, cela pullule. Il y a beaucoup de vie. La rêveuse a soif, très soif. Elle a très envie de boire l’eau de ce ruisseau mais on lui dit que cette eau n’est pas bonne, qu’elle est dangereuse. Elle est à genoux près du ruisseau. De l’autre coté son ami est dans la même position. Il lui dit que l’eau est bonne et l’encourage à boire. Elle se penche et boit. L’eau est très bonne. Elle se sent merveilleusement bien et se réveille dans une détente profonde.

Nous voyons bien le conflit entre des forces opposées. D’un côté la rêveuse (son moi) a très envie de boire l’eau du ruisseau. De l’autre, une voix lui dit que cette eau est dangereuse. Qui est cette voix? Une ombre en elle qui tente de l’influencer comme nous en voyons beaucoup dans les contes de fées. Ce peut être une sœur jalouse ou une marâtre qui oblige l’héroïne à accomplir les plus humbles travaux domestiques comme dans Cendrillon.

Au moment du rêve,  la rêveuse venait d’entreprendre  un travail sur ses rêves avec une personne proche d’Étienne Perrot et des éditions de La Fontaine de Pierre.  Bien qu’elle semblait beaucoup s’investir dans ce travail (Dans le rêve la rêveuse a très soif), le rêve montre qu’il y avait une hésitation en elle.

La fin du rêve nous montre que la rêveuse a fait le bon choix. Elle n’a pas suivi cette voix qui la faisait douter de la qualité de l’eau. Elle a préféré suivre les conseils de son ami qui représente une partie masculine positive en elle. Au passage il faut noter que dans la réalité son ami est quelqu’un qui a souvent des intuitions qui se révèlent justes. Il est très à l’aise dans l’inconscient. Dans ce rêve qui concerne l’intériorité de la rêveuse elle a eu raison de se laisser guider par lui.

Notons que pour pouvoir accéder à cette eau miraculeuse, cette eau de Vie comme disent les alchimistes, il faut se mettre à genou c’est-à-dire avoir une attitude d’humilité. Reconnaitre que notre moi est bien petit et bien impuissant face à la vie s’il reste toujours ferme dans ses certitudes. Nous sommes souvent d’accord avec cela mais dans la pratique…

Rêve – La touriste veut aller place Saint Pierre à Rennes
Elle veut aller chez elle à Rennes, place St Pierre. Elle va dans une agence de voyage. Deux jeunes hommes se moquent d’elle car elle est une touriste. Ils se moquent également de son doctorat.

Dans la réalité la rêveuse vit à Rennes depuis très longtemps. Dans le rêve elle n’était pas à Rennes. Elle voulait aller chez elle c’est-à-dire dans le lieu en elle qui est sa personnalité profonde, son intimité, son centre, là où elle se sent bien. Ce lieu est plus précis, c’est place Saint Pierre. Il n’y a pas de place Saint Pierre à Rennes. Il y a seulement la cathédrale Saint Pierre. Cette place évoque plutôt la place Saint Pierre de Rome, ce lieu central de la religion catholique qui est celle dans laquelle la rêveuse a baigné dans son enfance. Ce centre en elle représente cette sécurité, non dépendante des aléas de la vie, qu’elle recherche (que nous recherchons tous), cette Pierre immortelle (la Pierre philosophale des alchimistes), le Graal que Jung a appelé le Soi.

C’est inconsciemment ce qu’elle recherche en commençant un travail sur ses rêves, bien que consciemment elle recherche à se soulager d’un mal être, à se débarrasser de rêves qui l’angoissent… Consciemment, elle le fait avec application, sérieux mais une partie d’elle plus inconsciente représentée par ces deux jeunes hommes, la critique.

Ils critiquent son attitude de touriste. En fait, contrairement à ce qu’elle croit elle ne s’engage pas vraiment sérieusement dans ce travail.

« Ils se moquent également de son doctorat ». Cette rêveuse est très attachée aux compétences reconnues par des diplômes. Elle a beaucoup de connaissances dans le domaine des rêves, de la symbolique. Elle semble considérer que l’interprétation des rêves est une technique qui lui donnera des réponses intellectuelles à ses questions sans toucher à sa vie quotidienne. Dans ce travail nous ne sommes pas à la recherche de médicaments pour soigner des symptômes.  (voir Le travail sur les rêves est-il une thérapie?)

Quel est le but de ce rêve qui montre ce conflit entre le désir d’aller vers ce que nous sommes profondément et la résistance à y aller? Tout comme dans le précédent et dans beaucoup d’autres, il montre une situation objective pour que le moi puisse en prendre conscience et fasse réellement le choix de là où il souhaite aller.